Dans cette brochure, dont le but est d’indiquer dans quel esprit doit être abordée l’étude de l’art asiatique si on veut le comprendre réellement, l’auteur insiste de nouveau sur la notion de l’art traditionnel et normal, et sur ce qui le distingue des cas anormaux comme celui de la décadence « classique » et celui de l’art européen depuis la Renaissance. D’autre part, une étude soi-disant « objective », c’est-à-dire en somme une observation purement extérieure, ne peut mener à rien en réalité, car il n’y a aucune véritable connaissance là où il n’y a aucune conformité entre le connaissant et le connu. Dans le cas d’une œuvre d’art, il faut donc savoir avant tout à quel usage elle était destinée, et aussi quelle signification elle devait communiquer à l’intelligence de ceux qui la regardaient. À cet égard, il est essentiel de se rendre compte que les apparences présentées par un art traditionnel ne sont pas le simple rappel de perceptions visuelles, mais l’expression ou la réalisation sensible d’une « contemplation » (dhyâna), qui est ce par quoi l’artiste travaille, et ce sans quoi le produit de son travail ne sera pas vraiment une œuvre d’art. Enfin, c’est une erreur de penser, comme le font généralement les modernes, que la répétition des formules transmises entrave les facultés propres de l’artiste, car celui-ci doit avoir réellement fait ces formules siennes par sa compréhension, ce qui est d’ailleurs le seul sens où l’on puisse parler de « propriété » quand il s’agit d’idées, et il les « recrée » en quelque sorte quand après se les être assimilées, il les rend conformément à sa propre nature.