– Le Compagnon du Tour de France (numéros de janvier et mars) contient un bon article sur L’Outil, par le C∴ Georges Olivier, dont nous extrayons ces quelques considérations fort justes : « L’outil engendra le métier ; le métier, les arts ; au moyen âge, métier et art ne faisaient qu’un… L’outil est à la mesure de l’homme ; il porte en lui, sur lui, la personnalité de son maître… Dans l’atelier, l’outil prend aux yeux de l’initié la valeur d’un objet sacré. L’atelier n’est-il pas un temple où l’on médite, où l’on étudie, où l’on accomplit un travail : une part de l’œuvre universelle ?... De tout temps, sans doute, l’outil fut considéré comme un symbole… On trouve dans nos musées des bannières brodées du saint portant l’outil et la devise du corps de métier : vestiges et témoins d’une époque où se compénétraient intensément la vie économique et la vie spirituelle, où le travail matérialisait la foi, et où la foi spiritualisait le travail. Symboles aussi, et à différents points de vue, l’équerre et le compas des Compagnons, qui, en y ajoutant l’outil distinctif de la profession, ont voulu y voir l’union de l’intellectuel et du manuel dans un même ouvrier : l’Artisan. » Il serait à souhaiter que ces réflexions tombent sous les yeux de ceux qui prétendent soutenir la supériorité du « spéculatif » sur l’« opératif », et qui croiraient volontiers que le symbolisme est l’apanage des seuls « spéculatifs » ! Nous ne ferons de réserves que sur un point : il n’est pas exact de dire que la machine est un « outil perfectionné », car, en un certain sens, elle est plutôt le contraire : tandis que l’outil est en quelque sorte un « prolongement » de l’homme, la machine réduit celui-ci à n’être plus que son serviteur, et, s’il est vrai que « l’outil engendra le métier », il ne l’est pas moins que la machine le tue ; mais, au fond, c’est peut-être bien là, malgré tout, la véritable pensée de l’auteur lui-même, puisqu’il dit ensuite que, « de nos jours, la machine supplantant l’outil, l’usine l’atelier, la société laborieuse se scinde en deux classes par l’intellectualisation du technicien et la mécanisation du manœuvre, qui précèdent la décadence de l’homme et de la société. »