The Art News (n° du 17 février, consacré aux « arts du moyen âge ») publie un article de M. Ananda K. Coomaraswamy sur « la nature de l’art médiéval », montrant que celui-ci, pas plus que l’art oriental, ne peut être compris par aucune des façons dont l’esprit moderne envisage l’art, que ce soit le point de vue du « réalisme » ou celui de l’« esthéticisme ». Au moyen âge, « l’art était un genre de connaissance en conformité avec laquelle l’artiste imaginait la forme ou le dessin de l’œuvre à faire, et par laquelle il reproduisait cette forme dans une matière appropriée ». Il n’y avait pas alors de distinction comme celles que font les modernes entre « beaux-arts » et « arts appliqués », entre « art pur » et « art décoratif » ; toute œuvre parfaite en son genre, quelle que fut sa destination, était par la même une œuvre d’art, et cette perfection n’impliquait jamais l’adjonction d’« ornements » inutiles à la fonction que l’objet devait remplir pour répondre à un besoin spirituel ou matériel. Pour comprendre l’art du moyen âge, il faut avant tout comprendre l’esprit de cette époque, c’est-à-dire l’esprit du Christianisme lui-même ; « si l’art a pu être appelé un langage universel, ce n’est pas parce que les facultés sensibles de tous les hommes leur permettent de reconnaître ce qu’ils voient, mais à cause de l’universalité du symbolisme adéquat par lequel s’exprime sa signification », et dont le symbolisme chrétien ne représente qu’un cas particulier, de sorte qu’on est conduit par là, en dernière analyse, jusqu’à la « Tradition universelle et unanime », dont saint Augustin a parlé comme d’« une Sagesse qui n’a pas été faite, mais qui est maintenant ce qu’elle a toujours été et sera toujours ».