Autorité spirituelle et pouvoir temporel
Albert Gleizes, 1938

     Dans l’Art et les Artistes (n° de janvier), M. Albert Gleizes, sous le titre Tradition et modernisme, expose des vues intéressantes sur la tradition considérée par rapport à l’art, et aussi au métier, car pour lui l’un et l’autre sont inséparables. Il oppose la tradition au « classicisme », qui aboutit à l’« esthétisme » ; cette opposition est aussi celle de l’« homocentrisme » et de l’« humanisme » ; l’homme de formation classique ou humaniste « ne peut atteindre l’objet, lui qui n’est entraîné qu’à disserter du sujet... C’est l’homme qui fait qui doit enseigner l’homme qui dit, car l’homme qui fait est l’homme traditionnel, quand l’homme qui dit, aujourd’hui, ce n’est que l’individu... La tradition, qui est connaissance vraie de l’univers, se traduit et se transmet par une série de modalités expérimentales qui vont de la réalité inférieure de l’homme jusqu’à sa réalité finale transcendante en passant par sa réalité intermédiaire, celle du mouvement dirigé où s’opère la transformation... D’où l’importance des métiers à la base de cette conquête par l’homme de son authentique réalité ; d’où les petits mystères du Compagnonnage, qui sont comme les préludes constants à l’initiation des grands ». Aussi « renouer avec l’humanisme, c’est une marche en arrière, quand repartir de l’homocentrisme, c’est une marche en avant » ; et « le dernier mot reviendra à la tradition invariante, centrée sur l’homme... L’artiste se régénérera tôt ou tard en redevenant un artisan, un ouvrier possédant à fond tous les secrets de son métier, en songeant moins à l’Art qu’à la perfection de tout ce qu’il accomplit dans sa vie ».