Graham Carey. Pattern (John Stevens, Newport, Rhode Island). – Dans les deux conférences qui sont ici réunies, et qui sont respectivement intitulées Purpose and Pattern et Pattern and Appearance, l’auteur, après avoir rappelé la conception traditionnelle de la nature de l’art, s’attache à définir les relations existant entre la « fonction » d’une œuvre d’art, qui est son rapport à celui qui l’utilise, sa « forme » qui est son rapport à celui qui la produit en « matérialisant » en quelque sorte l’idée ou l’image mentale qu’il doit en avoir conçue tout d’abord, et enfin sa « figure », c’est-à-dire son aspect extérieur, qui est une réalisation de ce modèle idéal, mais nécessairement conditionnée à la fois par les particularités mentales de l’artiste lui-même et par la nature des matériaux qu’il emploie. Nous devons noter particulièrement ce qui est dit de la dégénérescence qui mène de l’art que l’auteur appelle « créatif », où le but de l’œuvre et son modèle sont parfaitement adaptés l’un à l’autre, à l’art « décoratif », où se rencontrent des complications sans utilité « fonctionnelle », ce qu’il explique par une sorte de besoin qu’un artiste en possession d’une certaine habileté technique éprouve d’ajouter des difficultés à son travail pour le plaisir de les surmonter ; cette explication peut être exacte « psychologiquement », mais elle n’est pourtant pas suffisante, car elle ne rend pas compte du fait que les motifs ornementaux proviennent de symboles dont la signification a été oubliée, ce qui implique que l’existence de l’art « décoratif » comme tel présuppose, dans une civilisation, la perte de certaines données traditionnelles. Quoi qu’il en soit, pour M. Graham Carey, la dégénérescence ne s’arrête pas à ce stade, et elle aboutit finalement à l’art « récréatif », c’est-à-dire à celui qui n’est plus qu’un simple « jeu » ne visant qu’à produire des œuvres dépourvues de toute utilité réelle ; c’est là la conception spécifiquement moderne, et il n’a pas de peine à faire ressortir les lamentables résultats de cette séparation radicale du « beau » et de l’« utile » dans la production de notre époque.