Walter Shewring. Art in Christian Philosophy (The Sower Press, New Jersey). – Cette brochure constitue un excellent résumé de la doctrine chrétienne de l’art, principalement telle qu’elle a été exposée par saint Thomas d’Aquin : partant de la définition donnée par celui-ci, l’auteur insiste sur le fait que l’art est avant tout une chose intellectuelle, bien qu’il implique aussi la volonté, sans quoi l’œuvre d’art ne serait jamais réalisée ; la volonté de l’artiste joue ici le rôle d’une cause efficiente, mais la cause formelle est l’idée conçue dans son intellect. D’autre part, l’art, qui est proprement ce par quoi l’artiste travaille, habitus intellectuel permanent ou verbe intérieur conçu intelligiblement, concerne la fabrication de toutes choses, et non pas seulement de telle ou telle classe particulière de choses comme le pensent généralement les modernes. Un autre point essentiel, c’est que l’homme comme artiste imite Dieu en tant qu’il est l’Artiste par excellence, et que le Verbe divin, « par qui toutes choses ont été faites », est le véritable archétype du verbe ou de l’idée résidant dans l’esprit de l’artiste humain. Quant au but de l’art, il est la production de choses utiles, mais à la condition d’entendre cette utilité dans son sens le plus large, comme s’appliquant à tout ce qui peut servir d’une façon quelconque les fins de l’homme, spirituellement aussi bien que matériellement. Après une digression sur la beauté, qui doit être considérée comme un « transcendantal », et non comme une prérogative spéciale des œuvres d’art, l’auteur passe à ce qu’il appelle très justement les « aberrations modernes », opposées à cette conception normale de l’art, et il termine en envisageant la possibilité d’un « retour à la norme » au point de vue plus spécial du Catholicisme. Nous n’aurions de réserves à faire que sur un point : tout en reconnaissant naturellement la conformité de la conception chrétienne avec toute vue traditionnelle de l’art, M. Shewring paraît avoir une tendance à revendiquer comme proprement chrétien tout ce qui, en réalité, est traditionnel au sens universel de ce mot ; on pourrait même se demander s’il ne va pas jusqu’à attribuer à la « raison naturelle » tout ce qui n’est pas le Christianisme, alors qu’au contraire toute tradition, quelle qu’elle soit, a au même titre le caractère surnaturel et supra-humain, sans quoi elle ne mériterait nullement ce nom et ne dépasserait pas le niveau de la simple « philosophie » profane. Tant que M. Shewring s’en tient au domaine de sa propre forme traditionnelle, ce qu’il dit est parfait, mais sans doute est-il encore assez loin de concevoir l’unité essentielle de toutes les traditions, et c’est dommage, car cela lui permettrait assurément de donner aux idées qu’il expose une tout autre ampleur et d’en étendre considérablement la portée par la reconnaissance de leur valeur vraiment universelle.